Burkina Faso: Une approche à l’épreuve du terrain (zone rurale)

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L’association Morija a expérimenté le programme WASH Est (2011–2016) dans quatre provinces. L’approche globale eau potable, assainissement et hygiène ainsi expérimentée est actuellement confortée dans la commune de Nobéré à travers le projet Colibri (2015–2019).

L’est du Burkina Faso est une des zones les plus déficitaires du pays en termes d’infrastructures liées à l’eau potable et à l’assainissement. D’après une étude menée en février 2012, dans certaines communes de la zone d’intervention retenue, près de 70% de la population n’avait pas accès à l’eau potable. Moins d’un ménage sur 10 possédait une latrine faute de moyens financiers. En outre, les règles d’hygiène de base comme se laver les mains avant de manger ou après avoir fait ses besoins n’étaient pas pratiquées. Au regard des besoins identifiés, l’objectif du programme WASH Est a été d’améliorer les conditions de vie des habitants de 4 provinces (la Tapoa, le Gourma, la Gnagna et le Kouritenga) en améliorant leur accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène et en renforçant les acteurs locaux impliqués dans la gestion de l’eau.

Depuis la réforme du secteur EAH en 2006, les communes du Burkina Faso assument la compétence en eau. Elles délèguent ensuite une partie de leur compétence aux Associations des Usagers de l’Eau (AUE) qui deviennent responsables des points d’eau de la commune. Dans les faits, cette réforme n’est souvent pas appliquée car les communes manquent de moyens financiers et humains pour mettre en œuvre cette prérogative. Les AUE n’existent pas ou si elles existent, ne sont pas formées pour endosser leur rôle. Morija a souhaité dès le départ inscrire son action dans le cadre de cette réforme mais il a été rapidement constaté que les autorités locales avaient d’abord besoin d’être informées, de comprendre le texte avant de pouvoir l’appliquer. Le programme WASH Est s’étant déroulé sur 135 villages et dans 18 communes, l’appui aux autorités locales n’a néanmoins pu se faire de manière aussi approfondie que nécessaire.

L’association Morija a construit plus de 800 points d’eau en Afrique Subsaharienne depuis 1987. Morija privilégie une approche participative dans ses projets et demande une vraie implication des bénéficiaires. Pour la construction des points d’eau améliorés du programme, il est ainsi demandé aux habitants de creuser le puits jusqu’à atteindre la roche ou l’eau. Ils devaient également fournir de la main d’œuvre ainsi que des agrégats pendant la construction du puits et prendre à leur charge l’hébergement des 2 maçons. Une somme symbolique de 20 000 CFA (30,5€) leur était aussi demandée. Si ces engagements ont été bien respectés dans la Tapoa, la Gnagna et le Kouritenga, il a été plus difficile de les faire tenir dans le Gourma. Les équipes d’animations ont multiplié les séances de sensibilisation et de mobilisation pour expliquer la démarche. Il est ressorti des différentes discussions avec les autorités des villageois qui s’étaient mobilisés (et même celles de ceux qui ne l’avaient pas fait !) que cette approche était comprise et plutôt bien perçue. La non-mobilisation tenait plus à l’espoir des habitants que ce critère serait assoupli, ou qu’une autre association viendrait leur fournir un puits sans que leur implication soit sollicitée, comme cela avait pu être le cas dans la région dans le passé. Malgré cette difficulté, l’approche participative a été conservée et les séances de mobilisation pour l’expliquer ont été renforcées.

Les mesures de renforcement des capacités des agents locaux ont été les axes forts du programme. D’une part, deux promoteurs d’hygiène ont été formés dans chacun des 45 villages bénéficiaires. Leur bonne connaissance du terrain et l’appropriation de leur rôle ont permis une sensibilisation adaptée et efficace dans les villages. Ils ont pu constater au fur et à mesure des visites à domicile qu’ils contribuaient à l’amélioration de l’environnement sanitaire des concessions de leurs villages. D’autre part, la formation de deux maçons locaux par village bénéficiaire a apporté un savoir-faire inconnu dans les villages. A la fin du programme, certains maçons avaient déjà été sollicités par des habitants ou d’autres associations pour construire des latrines. Les revenus de la population étant faibles, les habitants s’arrangent avec les maçons pour obtenir des latrines parfois en échange de service plutôt que d’argent.

Mettre en place les AUE et les rendre opérationnelles étaient les autres enjeux importants du programme WASH. Aujourd’hui même si cela n’a pas toujours été facile, les AUE sont formées et jouent pleinement leur rôle de gestionnaire des points d’eau. Dans les provinces de la Gnagna et du Kouritenga, les AUE, qui sont chargées de fixer le prix de l’eau, ont opté majoritairement pour une cotisation trimestrielle souvent de 100 CFA (0,15€) par ménage. Ce coût est peu élevé mais assure un bon taux de recouvrement de la cotisation et permettra de pallier aux coûts de réparation de la pompe. En effet, il a été constaté qu’un prix de l’eau trop élevé décourageait les ménages à payer et donc à utiliser le point d’eau amélioré.

La construction des infrastructures a eu un impact important sur le quotidien des bénéficiaires. La qualité de l’eau de boisson s’est grandement améliorée. Les latrines aussi bien familiales que scolaires sont bien entretenues et les bénéficiaires les utilisent. L’impact au niveau sanitaire a été ressenti au niveau des centres de santé et de promotion sociale (CSPS) des communes concernées avec une diminution de l’incidence des maladies hydriques.

La superficie de la zone d’intervention (plus de 35 000 km²) et les difficultés évoquées ont ralenti la mise en œuvre du programme. Morija a eu la volonté de tenir ses engagements et d’atteindre les objectifs initialement fixés. L’intervention s’est prolongée de 2 ans et s’est terminée en 2016. Au final le programme WASH Est a permis la construction de 124 points d’eau améliorés, 2 057 latrines familiales et 63 latrines scolaires pour un nombre total de bénéficiaires estimé à environ 82 000 personnes. Le Grand Lyon, Véolia, la Fondation Brageac Solidarité, l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse, la ville d’Aix-les-Bains, le Syndicat des Eaux de Moises et l’Agence des Micro-Projets ont contribué à l’amélioration des conditions de vie des bénéficiaires de plus de 135 villages.

Fort de cette expérience, Morija a développé un nouveau programme WASH depuis mi 2015 ciblé dans la commune de Nobéré et qui devrait durer jusque fin 2019. Présent depuis de nombreuses années dans la commune avec un centre de récupération et d’éducation nutritionnelle, Morija a décidé de développer un programme intégré pour combattre la pauvreté (le revenu annuel moyen est inférieur à 46€). En associant un volet EAH à des volets nutrition, santé, agriculture familiale, épargne et crédit, le programme Colibri met en place des mécanismes transversaux de réduction de la pauvreté, tout en renforçant la résilience de chaque foyer.

Dès 2014, un partenariat étroit avec les autorités communales a permis de définir les différentes composantes du programme Colibri et celle du volet WASH en particulier. Le programme global s’inscrit dans le plan de développement communal, la mairie est donc pleinement impliquée dans sa conception mais aussi sa mise en œuvre.
Au regard de la difficulté de la mise en place de la réforme du secteur EAH dans la région de l’Est, il paraissait indispensable d’appuyer l’équipe municipale de Nobéré pour lui permettre de développer ses nouvelles compétences. Malgré les troubles politiques des deux dernières années au Burkina Faso, les autorités en charge des communes ont soutenu le projet. En se concentrant cette fois-ci sur une seule commune, il est plus facile de l’accompagner à jouer son rôle et à assurer un service de l’eau efficace sur le long terme. Par ailleurs, les AUE sont aussi accompagnées dans un premier temps pour obtenir une reconnaissance juridique, puis dans un second le seront pour apprendre à gérer les points d’eau. Un appui sera également donné pour assurer une bonne coordination entre AUE, gestionnaire, artisan et mairie.

Le projet WASH Colibri a pleinement commencé en 2015 avec des séances de sensibilisation et de mobilisation des populations. Plus de 13 000 personnes y ont assisté dont 25% de femmes. Les promoteurs d’hygiène ont déjà été formés et peuvent accompagner les ménages dans le changement de leurs habitudes en matière d’hygiène. La sensibilisation auprès des écoles a également débuté dès 2015. 2 enseignants par établissement ont reçu une formation spéciale et ont intégré la sensibilisation à l’hygiène dans leurs programmes scolaires. Pour renforcer l’impact, 11 latrines scolaires ont été construites ainsi que 33 dispositifs de lavage de mains, un pour chaque école de la commune. La sensibilisation des enfants étant identifiée comme un élément levier efficace pour un changement de comportement en matière d’hygiène sur le long terme. D’une part parce que les enfants sont les adultes de demain et d’autres parts car ils accélèrent le changement chez eux en incitant leurs parents à effectuer les gestes enseignés à l’école. La population s’est montrée très réceptive aux séances de sensibilisation et de mobilisation en montrant sa volonté d’améliorer son quotidien. 520 latrines familiales ont déjà été réalisées sur les 1 695 prévues et les 66 maçons villageois formés comptent bien profiter de l’engouement pour aider la commune à atteindre une couverture en assainissement de 100% dans quelques années (le projet ayant pour objectif un taux de couverture de 50%).

Le projet WASH Colibri a pour objectif la construction de 78 points d’eau améliorés et la réhabilitation de 60 puits déjà existants mais non fonctionnels. L’étude géophysique menée en mai 2015 a mis en évidence un sous-sol rocheux et granitique empêchant toute construction manuelle de puits. Il a donc été décidé de s’orienter vers la technique du forage. En 2016, 20 forages ont pu être réalisés et au 31 juillet, 10 étaient aménagés et utilisables par les habitants. La qualité de l’eau qu’ils fournissent a été testée et répondait aux critères physico-chimiques déterminés par l’État burkinabé concernant l’eau potable. Les 10 autres forages devraient être aménagés d’ici la fin de l’année. Même s’il en est encore à ses débuts, le programme Colibri a bel est bien pris son envol.

Mikaël Amsing
Morija – Evian-les-Bains
Email: mikael.amsing@morija.org
Site internet: www.morija.org/

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