Bon anniversaire aux droits humains à l’eau et à l’assainissement

Le 28 juillet marque le 10ème anniversaire de la reconnaissance des droits humains à l’eau et à l’assainissement. 10 ans et 12 résolutions plus tard, ce blog répond aux questions les plus courantes sur le statut juridique de l’eau et de l’assainissement en tant que droits humains dans le droit international et national.

Le 28 juillet marque le 10ème anniversaire de la reconnaissance des droits humains à l’eau et à l’assainissement. 10 ans et 12 résolutions plus tard, ce blog répond aux questions les plus courantes sur le statut juridique de l’eau et de l’assainissement en tant que droits humains dans le droit international et national.

Le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution A/RES/64/292, qui « reconnaît que le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’homme, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme ». 122 États membres de l’ONU ont voté pour le texte et aucun n’a voté contre ; 41 se sont abstenus.

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Les populations rurales peuvent-elles payer pour l’eau en temps de crise ?

Les co-auteurs de ce blog invité sont le Professeur Rob Hope (REACH Programme) et le Dr Guy Hutton (UNICEF). Une version de ce blog an anglais est disponible sur le site web du programme REACH.

Rendre l’eau potable abordable pour les populations rurales a toujours été un défi. La COVID-19 exerce des pressions urgentes sur les gouvernements, les prestataires de services et les utilisateurs d’eau en milieu rural qui ont des besoins prioritaires en eau pour se laver les mains à la maison, dans les écoles et dans les établissements de santé.

Le 23 juin, le programme REACH et l’UNICEF ont organisé un webinaire en partenariat avec le RWSN afin de présenter de nouvelles données sur l’évolution de la demande et des revenus de l’eau, et d’étudier comment mesurer l’accessibilité économique de l’eau dans le but d’améliorer les réponses politiques et programmatiques. Le webinaire complet est accessible ici.

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Nous avons identifié cinq leçons clés que nous présentons ci-dessous, en réponse à la question: Les populations rurales peuvent-elles payer pour l’eau en temps de crise ?

Leçon 1 – Cela est possible. L’expérience de la République centrafricaine (RCA) a mis en évidence un modèle de prestation de services professionnels qui a permis de fournir des services d’eau fiables pendant de nombreuses années à échelle, malgré la guerre civile et la stagnation économique. Des pays comme l’Inde sont en train d’étendre une plateforme de suivi pour améliorer les réponses, soutenue par des prestataires de services gouvernementaux établis sur place.

Leçon 2C’est plus difficile en temps de crise. Les pays sans données et sans réseau de prestataires de services responsabilisés sont confrontés à des choix plus difficiles. L’approvisionnement en eau, imposé par la loi, les politiques et la réglementation, est limité en l’absence de prestataires de services déjà établis au niveau local. Les prestataires informels, tels que les vendeurs, peuvent desservir des populations éloignées en temps normal, mais leur capacité à fournir de l’eau pendant la pandémie de la COVID-19 est limitée en raison des restrictions de voyage. Les règles doivent rester souples.

 

Leçon 3 – Les populations pauvres sont les plus vulnérables. Les données mondiales ont illustré les coûts plus élevés que payent les groupes aux revenus les plus faibles au Ghana, au Cambodge, au Pakistan et en Zambie, ainsi que les coûts importants liés au temps passé à transporter de l’eau, qui sont plus élevés pour les déciles aux revenus les plus faibles. La conception de tarifs mensuels plutôt que volumétriques peut éviter une contrainte de revenu liée à l’augmentation de l’eau pour les besoins d’hygiène. Les inondations et les sécheresses présentent un risque supplémentaire important. Le suivi des données est ainsi un outil clé permettant de fournir une alerte précoce pour cibler les ressources afin de limiter les dommages.

Leçon 4 – Assurer un financement durable. Une eau fiable peut coûter moins d’un dollar par personne et par an. Mais cela nécessite une subvention pour les prestataires de services locaux et les utilisateurs d’eau ont besoin d’un soutien pour maintenir les services en fonctionnement. Une large proportion des populations rurales ne paie pas l’eau aujourd’hui par choix ou en raison d’inégalités. Il a été noté que les gouvernements ne peuvent pas se permettre de ne pas assurer l’accès à l’eau pour les populations. Mais une “eau gratuite” causerait plus de tort, mettant en péril la capacité des prestataires à fournir et à maintenir des services pour tous. Il s’agit là de choix difficiles et les décisions dépendront du contexte.

Leçon 5 – Mieux reconstruire. La COVID-19 a mis en évidence les faiblesses connues de l’ approvisionnement en eau en milieu rural. Investir dans des prestataires de services locaux et responsabilisés est un élément clé de toute stratégie de durabilité. Les écoles et les établissements de santé sont au cœur de ce vaste réseau de services et constituent une priorité essentielle. Ces institutions partagent souvent des infrastructures hydrauliques avec les communautés rurales, et  pourraient constituer un élément central et stratégique de l’approvisionnement en eau pour tous.

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Le webinaire s’est déroulé en deux parties sur une durée d’une heure et demie. Tout d’abord, un aperçu du débat et des caractéristiques de l’accessibilité financière par le professeur Rob Hope (Université d’Oxford), présenté par Alice Chautard avant les présentations du Dr Guy Hutton (UNICEF), Andrew Armstrong (Université d’Oxford)et le Dr Sonia Hoque (Université d’Oxford). Cette présentation a été suivie par une session de questions-réponses facilitée par Alice Chautard. Le webinaire complet est accessible ici.

Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à nous écrire : reach@water.ox.ac.uk et vous pouvez nous trouver sur Twitter @REACHWater @UNICEFWater @RuralWaterNet. Crédits photo: Mary Musenya Sammy et Cliff Nyaga.

La réglementation du secteur privé

Il s’agit du dernier d’une série de quatre blogs intitulée “Le forage professionnel de puits d’eau: Apprendre de l’Ouganda” de Elisabeth Liddle et d’un webinaire en 2019 sur le forage de puits professionnel. Cette série s’appuie sur les recherches menées en Ouganda par Liddle et Fenner (2018). Nous vous invitons à nous faire part de vos commentaires en réponse à ce blog ci-dessous.

Si l’accès à des sources d’eau améliorées a été amélioré de manière progressive dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne rurale, plusieurs études ont soulevé des problèmes concernant la capacité de ces sources à fournir des quantités d’eau sûres et adéquates à long terme (Foster et al., 2018 ; Kebede et al., 2017 ; Owor et al., 2017 ; Adank et al., 2014).

Le secteur se focalise sur l’exploitation et l’entretien après la construction, mais également de plus en plus sur la qualité de la mise en œuvre afin de prévenir la défaillance des points d’eau dans l’avenir. (UNICEF/Skat, 2016, Bonsor et al., 2015; Anscombe, 2011; Sloots, 2010).

La Fondation Skat et l’UNICEF sont des acteurs clés dans ce domaine, plaidant conjointement en faveur d’une professionnalisation accrue du forage en Afrique subsaharienne. Ils ont récemment publié une note d’orientation sur le professionnalisation en matière de forage (UNICEF/Skat, 2016), soulignant six domaines clés qui doivent être abordés pour améliorer la qualité du travail d’exécution (voir Figure 1).

Dans ce blog, je me concentre sur l’aspect “cadres institutionnels ” de la Figure 1, avec une attention particulière sur la manière dont l’Ouganda a cherché à améliorer la réglementation du secteur privé ces dernières années en introduisant des systèmes de permis pour les entrepreneurs et les consultants en forage.

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Fig. 1: Six domaines d’engagement pour l’exploitation professionnelle des eaux souterraines (Skat/ UNICEF, 2018)

Des recherches récentes en Ouganda (Liddle et Fenner, 2018) ont montré que les permis d’entrepreneur de forage ont grandement facilité le processus de passation de marché au sein des organismes d’exécution de travaux en Ouganda, la liste des permis d’entrepreneur de forage étant généralement le premier point de contact pendant l’évaluation des offres.

Ces dernières années, le Ministère de l’Eau et de l’Environnement a reconnu le besoin essentiel d’étendre ce système de permis aux consultants/hydrogéologues, étant donné la prolifération des “consultants à mallette” dans le pays (ceux qui n’ont aucune formation formelle en géologie ou en hydrogéologie). La question des consultants en mallettes est abordée dans le premier blog de cette série. Les consultants en mallettes soumissionnaient pour les travaux d’implantation et de supervision, mais les équipes d’évaluation au sein des organismes d’exécution n’avaient aucun moyen d’identifier ceux qui étaient réellement qualifiés pour ces travaux et ceux dont les documents d’appel d’offres (par exemple, expérience professionnelle, diplômes, etc.) étaient des faux. Le travail de qualité médiocre s’est ensuite poursuivi car les “consultants à mallette” remportaient de plus en plus de contrats.

Pour résoudre ce problème et fournir des conseils aux équipes d’évaluation, le Ministère de l’Eau et de l’Environnement a entamé le processus de délivrance de permis d’hydrogéologue/consultant en 2016 (Tindimugaya, 2016). Les consultants peuvent demander un permis individuel d’hydrogéologue ou un permis d’entreprise en lien avec les eaux souterraines. Pour qu’une personne obtienne un permis, elle doit soumettre ses documents universitaires, son CV et un aperçu de son expérience professionnelle. La personne doit posséder des qualifications spécifiques en hydrogéologie (cours de courte durée, diplôme ou licence) ; des études en géologie seulement sont insuffisantes. Les locaux et l’équipement sont ensuite évalués, et une évaluation pratique ainsi qu’un entretien sont menées. Pour qu’une entreprise obtienne un permis, le directeur doit avoir un permis individuel. L’entreprise doit ensuite fournir les détails relatifs à l’inscription de son entreprise, une liste de son personnel et de leurs CV, ainsi que les détails de ses travaux antérieurs. A compter de juillet 2018, 65 personnes et 15 entreprises avaient reçu des permis. Comme pour les permis d’entrepreneur de forage, les permis des consultants sont renouvelés chaque année et des listes de consultants autorisés mises à jour sont publiées dans les journaux nationaux et en ligne chaque année en juillet.

Si ces systèmes d’octroi de permis ont grandement aidé les organismes d’exécution ougandais, des systèmes d’octroi de permis similaires, en particulier pour les consultants, semblent être rares dans le reste de l’Afrique subsaharienne. Selon Danert et Theis (2018), sur les 14 pays d’Afrique subsaharienne énumérés dans le rapport, seulement trois avaient mis en place des systèmes de permis pour les consultants, tandis que dix avaient mis en place des systèmes de permis pour les entreprises de forage. Il est maintenant essentiel que d’autres gouvernements d’Afrique subsaharienne suivent l’exemple de l’Ouganda et commencent à réglementer le secteur privé, en particulier les consultants, étant donné le rôle essentiel qu’ils jouent dans la qualité du travail d’exécution, l’implantation et la supervision des forages (UNICEF/Skat, 2016 ; Anscombe, 2011 ; Danert et al., 2010).

Qu’en pensez-vous?

Alors, qu’en pensez-vous? Avez-vous de l’expérience dans la sélection de professionnels qualifiés et expérimentés dans le domaine de l’eau souterraine ? Pensez-vous que l’octroi de permis aux professionnels est la voie à suivre dans votre contexte ? Y a-t-il des efforts pour mieux réglementer le secteur privé du forage dans votre pays ? Vous pouvez répondre ci-dessous en postant un commentaire, ou vous pouvez participer au webinaire en direct le 14 mai (inscriptions ici)

Références

Adank, M., Kumasi, T.C., Chimbar, T.L., Atengdem, J., Agbemor, B.D., Dickinson, N., and Abbey, E. (2014). The state of handpump water services in Ghana: Findings from three districts, 37th WEDC International Conference, Hanoi, Vietnam, 2014.

Anscombe, J.R. (2011). Quality assurance of UNICEF drilling programmes for boreholes in Malawi. Lilongwe, Malawi: Ministry of Agriculture Irrigation and Water Development, Government of Malawi.

Bonsor, H.C., Oates, N., Chilton, P.J., Carter, R.C., Casey, V., MacDonald, A.M., Etti, B., Nekesa, J., Musinguzi, F., Okubal, P., Alupo, G., Calow, R., Wilson, P., Tumuntungire, M., and Bennie, M. (2015). A Hidden Crisis: Strengthening the evidence base on the current failure of rural groundwater supplies, 38th WEDC International Conference, Loughborough University, UK, 2014.

Danert, K., Armstrong, T., Adekile, D., Duffau, B., Ouedraogo, I., and Kwei, C. (2010). Code of practice for cost effective boreholes. St Gallen, Switzerland: RWSN.

Danert, K. and Theis, S. (2018). Professional management of water well drilling projects and programmes, online course 2018, report for course participants, UNICEF-Skat Foundation Collaboration 2017-2019. St Gallen, Switzerland: Skat.

Danert, K., Carter, R.C., Rwamwanja, R., Ssebalu, J., Carr, G., and Kane, D. (2003). The private sector and water and sanitation services in Uganda: Understanding the context and developing support strategies. Journal of International Development, 15, 1099-1114.

Foster, T., Willetts, J., Lane, M. Thomson, P. Katuva, J., and Hope, R. (2018). Risk factors associated with rural water supply failure: A 30-year retrospective study of handpumps on the south coast of Kenya. Science of the Total Environment,, 626, 156-164.

Kebede, S., MacDonald, A.M., Bonsor, H.C, Dessie, N., Yehualaeshet, T., Wolde, G., Wilson, P., Whaley, L., and Lark, R.M. (2017).  UPGro Hidden Crisis Research Consortium: unravelling past failures for future success in Rural Water Supply. Survey 1 Results, Country Report Ethiopia. Nottingham, UK: BGS (OR/17/024).

Liddle, E.S. and Fenner, R.A. (2018). Review of handpump-borehole implementation in Uganda. Nottingham, UK: BGS (OR/18/002).

Owor, M., MacDonald, A.M., Bonsor, H.C., Okullo, J., Katusiime, F., Alupo, G., Berochan, G., Tumusiime, C., Lapworth, D., Whaley, L., and Lark, R.M. (2017). UPGro Hidden Crisis Research Consortium. Survey 1 Country Report, Uganda. Nottingham, UK: BGS (OR/17/029).

Sloots, R. (2010). Assessment of groundwater investigations and borehole drilling capacity in Uganda. Kampala, Uganda: Ministry of Water and Environment, Government of Uganda, and UNICEF.

Tindimugaya, C. (2016). Registration of groundwater consultants in Uganda: rationale and status. RWSN Forum, 2016, Abidjan, Côte d’Ivoire.

UNICEF/Skat (2016). Professional water well drilling: A UNICEF guidance note. St Gallen, Switzerland: Skat and UNICEF.

Remerciements

Ce travail fait partie du projet Hidden Crisis du programme de recherche UPGro – cofinancé par le NERC, le DFID et l’ESRC.

Le travail de terrain entrepris pour ce rapport fait partie de la recherche doctorale des auteurs à l’Université de Cambridge, sous la supervision du Professeur Richard Fenner. Ce travail sur le terrain a été financé par le Ryoichi Sasakawa Young Leaders Fellowship Fund et UPGro : Hidden Crisis.

Merci à ceux d’entre vous de l’Université de Makerere et de WaterAid Ouganda qui m’ont apporté un soutien logistique, y compris sur le terrain, pendant que je menais les entretiens pour ce rapport (en particulier le Dr Michael Owor, Felece Katusiime et Joseph Okullo de l’Université Makerere et Gloria Berochan de WaterAid Uganda). Merci également à tous les répondants d’avoir été enthousiastes et disposés à participer à cette recherche.

Photo: E.S. Liddle

Les contrats clés en main pour l’implantation et le forage de puits d’eau

Il s’agit du premier d’une série de quatre blogs intitulée ‘Le forage professionnel de puits d’eau: Apprendre de l’Ouganda” de Elisabeth Liddle et d’un webinaire en 2019 sur le forage de puits professionnel. Cette série s’appuie sur les recherches menées en Ouganda par Liddle et Fenner (2018). Nous vous invitons à nous faire part de vos commentaires en réponse à ce blog ci-dessous.

Les forages réalisés dans le cadre d’un “contrat clé en main ” sont devenus de plus en plus courants dans toute l’Afrique subsaharienne. Des recherches récentes menées en Ouganda par Liddle et Fenner (2018) ont montré que les contrats clés en main sont le type de contrat le plus courant lorsque le secteur privé fournit de nouveaux forages pour des pompes manuelles en milieu rural, bien que cela n’ait pas toujours été le cas. Dans ce blog, nous donnons un aperçu de ce que sont les contrats clé en main, pourquoi ils sont utilisés en Ouganda, et les avantages et les défis associés à leur utilisation en Ouganda.

Qu’est-ce qu’un contrat clé en main et pourquoi ces contrats sont-ils utilisés en Ouganda ?

Dans le cadre d’un contrat clé en main, un entrepreneur en forage est responsable à la fois de l’implantation et des travaux de forage et d’installation. Les contrats clés en main sont payés par le biais de modalités de paiement au forfait, c’est-à-dire “pas d’eau, pas de paiement “. Si le forage est fructueux, le foreur recevra la totalité du prix au forfait, quels que soient les coûts engagés sur place. Toutefois, si le forage est infructueux (forage à sec ou à faible rendement), le foreur ne sera pas payé du tout.

Les contrats clés en main ont pris de l’importance en Ouganda au milieu des années 2000 lorsque les agences d’exécution (autorités locales de district et Organisations Non Gouvernementales) devenaient de plus en plus frustrées par le nombre de forages infructueux réalisés lorsque les consultants effectuaient les travaux d’implantation de forages. Comme le consultant indiquait au foreur l’endroit où forer, si le forage échouait, l’agence de mise en œuvre devait payer le foreur pour tous les travaux effectués et les matériaux utilisés, c’est-à-dire selon un cahier des charges. L’échec des forages était imputé à la qualité du travail d’implantation des consultants ; de fait, les « consultants à mallette » (c’est-à-dire ceux qui n’avaient pas de formation officielle en géologie ou en hydrogéologie) avaient inondé le marché. En raison des bas prix qu’ils offraient et de l’absence de réglementation, ces consultants parvenaient à remporter des contrats d’implantation de forage.

Payer pour des forages infructueux était donc un problème, et il était devenu difficile pour les autorités locales de district d’atteindre leurs objectifs en matière de nouvelles sources d’eau potable. Les chefs de projet passaient pour incompétents. De plus, les responsables politiques ne comprenaient pas qu’un nombre de forages infructueux faisait partie intégrante du travail de forage ; par conséquent, si un foreur était payé pour un forage infructueux, les responsables politiques le considéraient comme corrompu. Certains responsables des services de l’eau au niveau du district ont même été menacés de prison.

La solution trouvée a été de retirer le consultant et de confier toute la responsabilité de la recherche de l’eau au foreur. Si le foreur forait alors un puits infructueux, il ne serait pas payé, car c’est lui qui était responsable de l’implantation du trou de forage. Le foreur prenait également tous les risques associés à un rendement d’eau inadéquat.

Avantages et défis de l’utilisation de contrats clés en main

Les contrats clés en main ont grandement simplifié le processus de passation de marché et de gestion de contrat pour les responsables de projets en Ouganda. Dans le cadre de contrats clés en main, les maitres d’ouvrage n’ont qu’à sélectionner et gérer un entrepreneur en forage. En outre, étant donné que le montant payé à l’entrepreneur si le forage est fructueux est déterminé au cours du processus d’appel d’offres, il n’y a pas de coûts imprévus pour le maitre d’ouvrage. De plus, en vertu des modalités de paiement « pas d’eau, pas de paiement », les organismes n’ont pas à dépenser directement de l’argent pour des forages infructueux ; l’argent n’est dépensé que pour des forages qui sont déclarés fructueux.

Bien que les contrats clés en main présentent des avantages notables, les chercheurs se sont entretenus avec plusieurs personnes en Ouganda qui se sont dites préoccupées par la qualité du travail :

  • Le choix du site est fonction de la facilité à trouver de l’eau: Dans le cadre de contrats clés en main, les entrepreneurs de forage doivent trouver suffisamment d’eau pour être payés. De multiples entretiens ont confirmé que les entrepreneurs en forage forent des puits là où il semble plus facile de trouver de l’eau, par exemple dans les vallées ou près des marécages ou des rivières. Non seulement les entrepreneurs de forage sont extrêmement susceptibles de trouver de l’eau dans ces zones, donc d’être payés, mais ils forent souvent à des profondeurs beaucoup moins profondes que celles sur lesquelles leur estimation forfaitaire de coûts était basée. Une marge plus importante peut donc être réalisée dans ces conditions. Les forages situés dans ces zones sont toutefois vulnérables à la pollution. Bien qu’un forage puisse passer les tests de qualité de l’eau immédiatement après avoir été foré, l’eau peut être impropre à la consommation humaine pendant les mois pluvieux en raison de l’augmentation du transport des polluants de surface et des taux de lixiviation ou, après plusieurs années, du fait de l’accumulation des polluants dans ces zones. En outre, l’accès des communautés à ces puits peut être limité, en particulier pendant les mois pluvieux où ces zones peuvent être vulnérables aux inondations.
  • Le bricolage pour faire des économies: En vertu des modalités de paiement « pas d’eau, pas de paiement »,, les entrepreneurs de forage doivent économiser dans la mesure du possible afin de pouvoir amortir les pertes qu’ils ont subies. Pour économiser de l’argent, il a été rapporté que certains entrepreneurs de forage en Ouganda sont connus pour les pratiques suivantes :
  • L’utilisation de matériaux de mauvaise qualité et/ou qui ne sont pas appropriés qux conditions hydrogéologiques, par exemple, des conduites montantes en fer galvanisé plutôt qu’en acier inoxydable dans les eaux souterraines acides. Les conduites montantes en fer galvanisé sont 4 à 5 fois moins chères que l’acier inoxydable. Lorsque des conduites montantes en fer galvanisé sont utilisées dans les eaux souterraines acides (qui sont courantes en Ouganda), une eau de couleur rouge/brune impropre à la consommation humaine est fort probable (Casey et al., 2016).
  • L’utilisation de matériaux inappropriés pour la conception du forage, par exemple, l’utilisation d’un tubage de 5 pouces lorsqu’un forage ouvert de 6/6,5 pouces[1] a été foré, car le tubage de 5 pouces est moins cher que celui de 6/6,5 pouces. Pour éviter que le tubage de 5 pouces ne tombe dans le trou ouvert de 6/6,5 pouces, les foreurs en chauffent la base et l’étirent pour l’ajuster au dessus de la zone ouverte. 42 % des entrepreneurs en forage interrogés (n = 14) ont admis avoir recours à cette pratique. Alors que certains y voient une bonne astuce, d’autres craignent que de la vase ne s’accumule dans ces forages avec le temps, en raison de l’espace entre le tubage et la roche consolidée et/ou des fissures qui se forment dans les zones les plus tendues du tubage. Un tel envasement use non seulement les pièces de la pompe à main, mais peut également entraîner des problèmes d’apparence du point de vue de l’utilisateur lorsque la vase pénètre dans l’alimentation en eau potable.
  • Arrêter de forer lorsqu’on rencontre de l’eau pour la première fois: On peut économiser beaucoup d’argent ainsi ; en Ethiopie, par exemple, forer à 50 mètres au lieu de 60 mètres réduit le coût du forage de 13% (Calow et al., 2012). Toutefois, si le forage ne pénètre pas dans l’aquifère principal, la quantité d’eau disponible après la construction peut être problématique, même si le forage passe l’essai de pompage.

3) Interférer avec les données d’essai de la pompe ou raccourcir le temps d’essai de la pompe

Cela permet de masquer les sites à faible rendement et les sites infructueux. Ces forages seront inévitablement à faible rendement après construction ou, dans le pire des cas, à sec.

La nécessité pour les foreurs d’avoir recours aux pratiques ci-dessus en Ouganda est exacerbée par le fait que, dans de nombreux cas, le forfait auquel les foreurs sont payés pour un forage réussi n’est pas assez élevé. De plus, la supervision par un hydrogéologue qualifié est rare.

Que faire en ce qui concerne les contrats clés en main ?

Les contrats clés en main devraient-ils continuer à être utilisés en Ouganda ? Les avis diffèrent d’un acteur à l’autre : la majorité des maitres d’ouvrage en Ouganda estiment que le recours aux contrats clés en main devrait se poursuivre, tandis que les consultants et le Ministère de l’eau et de l’environnement estiment qu’ils devraient cesser, au vu des problèmes de qualité des travaux décrits ci-dessus.

Le Ministère de l’eau et de l’environnement est allé jusqu’à publier une directive en janvier 2017 décourageant l’utilisation de contrats clés en main, et préconisant plutôt que les contrats subdivisés, un pour le choix du site (attribué à un hydrogéologue/consultant) et un pour le forage et l’installation (attribué à un entrepreneur en forage) soient dorénavant utilisés. Les opinions des foreurs eux-mêmes semblent impartiales ; la plupart d’entre eux ne s’opposent pas à l’idée de travailler dans le cadre de contrats clés en main ; ils demandent simplement à ce que les prix forfaitaires que les maitres d’ouvrage soient prêts à payer pour des forages réussis augmentent dans le futur, pour qu’ils ne soient pas obligés de prendre de bricoler pour faire des économies sur place.

Qu’en pensez-vous?

 Alors, qu’en pensez-vous? Avez-vous de l’expérience en matière de contrats clés en main pour forer des puits d’eau, ou d’autres pratiques que vous aimeriez partager ? Vous pouvez répondre ci-dessous en postant un commentaire, ou vous pouvez participer au webinaire en direct le 14 mai (inscriptions ici)

Références

Calow, R., MacDonald, A., and Cross, P. (2012). Corruption in rural water supply in Ethiopia. In J. Plummer (Ed.), Diagnosing Corruption in Ethiopia: Perceptions, realities and the way forward for key sectors (pp 121-179). Washington DC, USA: World Bank. Available from https://www.odi.org/sites/odi.org.uk/files/odi-assets/publications-opinion-files/8555.pdf

Casey, V., Brown, L., Carpenter, J.D., Nekesa, J., and Etti, B. (2016). The role of handpump corrosion in the contamination and failure of rural water supplies. Waterlines, 35(1), 59-77. Available from https://www.developmentbookshelf.com/doi/full/10.3362/1756-3488.2016.006

Liddle, E.S. and Fenner, R.A. (2018). Review of handpump-borehole implementation in Uganda, Nottingham, UK: BGS (OR/18/002). Available from https://nora.nerc.ac.uk/id/eprint/520591/

[1] Les trous de forage peuvent être ” entièrement tubés ” ou ” ouverts “. Si un trou de forage est ” entièrement tubé “, toute la partie verticale est tubée, avec des grilles dans les couches d’eau. Toutefois, si le trou de forage est ” ouvert “, seules les zones non consolidées du forage vertical sont tubées – le reste de la roche consolidée est laissé à l’état “ouvert ” (pas de tube ni de grilles).

Un pouce équivaut à 2,54 cm (note du traducteur).

Remerciements

Ce travail fait partie du projet Hidden Crisis du programme de recherche UPGro – cofinancé par le NERC, le DFID et l’ESRC.

Le travail de terrain entrepris pour ce rapport fait partie de la recherche doctorale des auteurs à l’Université de Cambridge, sous la supervision du Professeur Richard Fenner. Ce travail sur le terrain a été financé par le Ryoichi Sasakawa Young Leaders Fellowship Fund et UPGro : Hidden Crisis.

Merci à ceux d’entre vous de l’Université de Makerere et de WaterAid Ouganda qui m’ont apporté un soutien logistique, y compris sur le terrain, pendant que je menais les entretiens pour ce rapport (en particulier le Dr Michael Owor, Felece Katusiime et Joseph Okullo de l’Université Makerere et Gloria Berochan de WaterAid Uganda). Merci également à tous les répondants d’avoir été enthousiastes et disposés à participer à cette recherche.

Photo: ” Les membres de l’équipe Hidden Crisis utilisent une caméra de CCTV pour l’observation du fond de puits de la construction d’un forage communautaire ” (Source: ‘BGS © NERC. UPGro Hidden Crisis Project.’)

 

Investir dans la nouvelle génération pour des services en eau ruraux universels

Le mot de la présidente du RWSN: Kelly Ann Naylor, UNICEF

Le mot de la présidente du RWSN: Kelly Ann Naylor,
UNICEF

Nous fêtions ce mois-ci la Journée Internationale de la Jeunesse (le 12 août). Plus de la moitié de la population mondiale aujourd’hui a moins de 30 ans et 1.8 milliards de personnes ont entre 10 et 24 ans. Parmi ces dernières, neuf personnes sur dix vivent dans des pays moins dévelopés (UNFPA, 2014). Ces tendances démographiques montrent combien il est indispensable d’assurer que les jeune participent activement aux questions d’approvisonnement en eau des zones rurales.

Alors même qu’à l’échelle mondiale 1% des actifs travaillent directement dans le secteur de l’eau et de l’assainissement (ONU, 2016), attirer des personnes qualifiées dans les zones rurales reste un vrai défi : d’après le rapport du GLAAS (2014), sur les 67 pays qui ont fait état de leurs systèmes  d’opération et de maintenance, seuls 11 disposaient des compétences nécessaires pour gérer et pour entretenir leurs infrastructures rurales d’accès à l’eau potable. Par ailleurs, à l’échelle mondiale, les femmes ne représentent que 17% des actifs du secteur Eau, Assainissement et Hygiène (IWA, 2016).

Les jeunes ont clairement un rôle à jouer pour atteindre les Objectifs mondiaux concernant l’eau potable en milieu rural d’ici 2030. Malgré cela, 75% des jeunes dans les pays en développement sont soit sans-emploi soit travaillent de façon irrégulière ou non-déclarée (viS4YE, 2015). Le recrutement et le développement des jeunes professionnels sont donc déterminants pour le futur du secteur de l’eau dans ls zones rurales.

La nouvelle stratégie 2018-2023 du RWSN considère l’opportunité de dialoguer avec les jeunes et de leur permettre de devenir de véritables agents du changement comme une dimension à part entière de notre travail. C’est la jeunesse actuelle qui montrera la voie -dans nos communautés et pays respectifs- pour accomplir la vision des ODDS d’un accès universel à l’eau potable.

Activités récentes:

Plusieurs jeunes professionnels exceptionnels traduisent d’ores et déjà dans les faits cette nouvelle orientation passionnante du RWSN:

  • 6 chercheurs UPGro en début de carrière venant du Kénya, du Malawi, de l’Éthiopie, d’Ouganda et de la Nouvelle Zélande ont eu l’opportunité de présenter le récit de leurs recherches sur les eaux souterraines à un amphithéâtre comble lors de la 41e conférence du WEDC à Nakuru, au Kénya https://upgro.org/2018/07/11/upgro-early-careers-researchers-share-experiences-on-an-international-platform/
  • Shabana Abbas, du Pakistan, chercheuse junior dans le programme UPGro travaille désormais à temps plein à Aqua for All aux Pays Bas. Shabana est également la présidente du Water Youth Network et membre du Junior Global Advisory Panel du programme REACH https://upgro.org/2018/05/18/life-after-upgro/
  • Muna Omar est une réfugiée éthiopienne et une jeune professionnelle du secteur de l’eau, qui vit et travaille à Sana’a au Yemen où elle suit et évalue des programmes humanitaires EAH. Muna a participé au cours en ligne RWSN-CapNet sur la professionalisation des métiers du forage. Vous pouvez lire son histoire sur le blog du RWSN.

À venir prochainement: 

Il y aura d’autres opportunités de participer aux événements des jeunes professionnels dans les prochains mois :

 @Stockholm Semaine Mondiale de l’Eau

  • Le “Lab Assurance Qualité” de la Jeunesse pour l’eau et le climat (Youth for Water and Climate, mercredi 29): de jeunes chercheurs/ entrepreneurs présenteront leurs projets et posters à une série de pairs critiques qui leur feront un retour sur leur travail et les conseilleront sur la suite à donner à leurs projets
  • Un événement informel sur le stand du Partenariat Suisse pour l’Eau (mercredi 29 de 16h à 18h): 14 jeunes entrepreneurs feront une présentation commerciale de leurs projets/ entreprises sociales aux participants

@UNC Conférence sur l’eau et la santé

Les deux sessions du RWSN sont une double opportunité pour les professionnels du secteur EAH en général et de l’approvisionnement rural en eau en particulier, jeunes et senior, de se rencontrer et de discuter des enjeux que nous partageons:

  • Chimère ou réalisable: atteindre celui qui est le plus éloigné derrière le premier dans le secteur EAH?
  • Le suivi et les données de l’eau en milieu rural: objectifs communs, différentes perspectives

Rejoignez notre communauté en plein essor de Jeunes professionnels de l’eau en milieu rural !

Le réseau RWSN compte plus de 10 000 membres et offre une plateforme exceptionnelle au secteur pour rassembler les jeunes professionnels et les seniors expérimentés venus du monde entier. Nous vous encourageons vivement à accompagner et à communiquer avec vos collègues plus jeunes et moins expérimentés afin de former la génération suivante du RWSN! 

Si vous avez moins de 35 ans, venez vous inscrire sur: https://dgroups.org/rwsn/rwsn_yrwp

Vers des services d’eau durables en milieu rural en République Démocratique du Congo

par Gian Melloni, Maria Livia De Rubeis et Kristina Nilsson du Consortium WASH RDC

En 2013, l’idée que les communautés rurales payent pour les services en eau était relativement nouvelle en RDC : dans le secteur WASH il y avait le sentiment que le contexte était trop fragile pour que la gestion communautaire des services WASH ruraux soit efficace. Mais, avec des taux d’accès à l’eau très limités, une population en rapide croissance et des infrastructures hydriques très peu fonctionnelles, quelque chose devait bien changer.

Lorsque le Consortium WASH RDC a été inauguré la même année, il n’y avait pas beaucoup d’expériences passées dans le pays qui pourraient témoigner de la capacité et volonté des communautés rurales à payer pour l’eau. L’ambition du Consortium WASH RDC était donc élevée : cinq ONG internationales lançant un programme de six ans en appui aux communautés locales pour la gestion financièrement viable des services WASH dans la RDC rurale. Financé par UK-Aid, le Consortium WASH RDC réunit les compétences de son agence lead Concern Worldwide et d’ACF, ACTED, CRS et Solidarités International pour assister plus de 600 communautés rurales et 640000 personnes dans sept provinces du pays.

Cinq ans plus tard, avec une multitude de données désormais à notre disposition, nous avons voulu répondre à certaines questions clés : dans quelle mesure les communautés rurales appuyées par le Consortium réussissent-elles à gérer les services hydriques d’une manière financièrement autonome? Et qu’est-ce qui fait le succès d’une communauté?

Le Consortium WASH RDC a développé une méthodologie inspirée des « Life-Cycle Costs » de l’IRC, que nous avons appelé «l’Approche Economique». Nous aidons les communautés à développer des compétences managériales, financières et techniques pour que leurs infrastructures WASH restent fonctionnelles longtemps après la construction, en identifiant trois niveaux progressifs de succès (ou « Equilibres ») dans la couverture des coûts liés aux points d’eau au fil du temps :

RDC1
Figure 1. Les trois Equilibres utilisés par le Consortium WASH RDC

Notre objectif est que les communautés réunissent suffisamment de fonds pour couvrir au minimum les coûts de l’Equilibre 1, avec les communautés les plus engagées atteignant l’Equilibre 2 ou 3. Tels fonds sont collectés et gérés par des comités élus par les communautés et formés par le Consortium WASH RDC. Pour créer les conditions pour la réussite et éviter toute logique de « don gratuit », nous clarifions aux communautés dès le début que nous les appuyons avec l’installation du point d’eau seulement si elles démontrent leurs engagement et capacité à prendre en charge les coûts de gestion du point d’eau.

Les trois Equilibres d’Approche Economique ne correspondent pas exactement aux catégories des « Life-Cycle Costs », et certaines modifications ont été apportées en fonction du contexte de la RDC rurale. Le tableau ci-dessous montre une approximative conversion de ces principes en les Equilibres du Consortium WASH RDC :

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Figure 2. L’adaptation des « Life-Cycle Costs » par le Consortium WASH RDC

Et cette Approche Economique, fonctionne-t-elle? Au bout de cinq ans, nos données montrent qu’elle peut fonctionner même dans des contextes difficiles : jusqu’à présent, environ deux tiers des petites communautés rurales appuyées par le Consortium WASH RDC ont réussi à atteindre un certain degré d’autonomie financière et de pérennité. C’est-à-dire, elles ont atteint au moins l’Equilibre 1. Compte tenu des défis auxquels ces communautés (généralement d’autour de 1000 personnes) sont confrontées dans cet environnement, il s’agit d’un résultat provisoire encourageant.

Nous avons identifié des modèles opérationnels qui aident les comités WASH à atteindre ces Equilibres. Les comités qui ont choisi des sources de revenus diversifiées, en associant les contributions des ménages et les activités génératrices de revenus, réussissent nettement mieux que les comités qui ne comptent que sur les contributions des ménages. Les communautés souvent apprécient ce modèle et voient l’investissement dans des activités génératrices de revenus comme un moyen de protection contre le risque de détournement de fonds. Dans l’ensemble, les activités génératrices de revenus semblent bien s’intégrer dans la gestion communautaire des services WASH dans la RDC rurale.

Dans un contexte si fragile, une grande majorité des communautés décident d’identifier des personnes ou des groupes particulièrement vulnérables et de leur offrir l’exemption du paiement des frais communautaires d’eau. Les communautés qui adoptent cette pratique ne parviennent pas moins à atteindre l’autonomie financière que les communautés qui n’offrent pas d’exemptions. Il s’agit d’une constatation importante en particulier dans une prospective de développement sensible aux besoins des plus pauvres, soulignant que l’accès équitable à l’eau n’est pas en contradiction avec la pratique de payer pour l’eau ou avec le but de la pérennité des services.

Egalement, les communautés qui choisissent de rémunérer certains membres du comité d’eau semblent renforcer leur réussite dans l’atteinte des Equilibres d’autonomie financière les plus élevés. Par exemple, certaines communautés paient un petit montant à la personne qui enregistre les usagers ou qui s’occupe de la collecte des frais d’eau. Alors que jusqu’à présent seulement une minorité de communautés a adopté un tel système de rémunération, leur succès dans l’atteinte des Equilibres 2 et 3 suggère qu’une forme de gestion semi-professionnalisée peut devenir plus efficace que le pur bénévolat.

Tout cela montre que les acteurs de développement, même dans des contextes difficiles, peuvent et doivent concevoir des interventions WASH visant des services à long terme qui puissent aller au-delà des résultats immédiats. Egalement, les décideurs peuvent bien adopter le principe de non-gratuité du service hydrique, tout en conciliant la viabilité financière avec des politiques d’inclusion et en faveur des plus pauvres. A travers le Consortium WASH RDC, nous avons appris la leçon que les communautés rurales en RDC sont prêtes à s’engager pour surmonter leurs difficultés et à développer des capacités en gestion durable des services d’eau. Cela ne se produit pas facilement ou par hasard, mais grâce à une programmation soigneusement conçue et mise en œuvre qui valorise les communautés locales.


Photo : Un comité de gestion d’eau à Manono, Tanganyika, RDC, montre les cahiers comptables qu’il utilise pour suivre les coûts et les revenus du point d’eau communautaire. Source: Consortium WASH RDC, 2016.


Le Consortium WASH RDC est un programme de Concern Worldwide avec la participation d’ACF , ACTED , CRS et Solidarités International, financé par UK-Aid. Veuillez trouver plus d’infos en français et en anglais sur consortiumwashrdc.net. Gian Melloni est le directeur du Consortium WASH RDC et vous pouvez le contacter à gian.melloni@concern.net. Maria Livia De Rubeis est la responsable de communication, plaidoyer et apprentissage. Kristina Nilsson est la responsable du suivi et évaluation. Les opinions exprimées par les auteurs pourraient ne pas refléter les opinions de Concern Worldwide ou des autres organisations citées.