Vers des services d’eau durables en milieu rural en République Démocratique du Congo

par Gian Melloni, Maria Livia De Rubeis et Kristina Nilsson du Consortium WASH RDC

En 2013, l’idée que les communautés rurales payent pour les services en eau était relativement nouvelle en RDC : dans le secteur WASH il y avait le sentiment que le contexte était trop fragile pour que la gestion communautaire des services WASH ruraux soit efficace. Mais, avec des taux d’accès à l’eau très limités, une population en rapide croissance et des infrastructures hydriques très peu fonctionnelles, quelque chose devait bien changer.

Lorsque le Consortium WASH RDC a été inauguré la même année, il n’y avait pas beaucoup d’expériences passées dans le pays qui pourraient témoigner de la capacité et volonté des communautés rurales à payer pour l’eau. L’ambition du Consortium WASH RDC était donc élevée : cinq ONG internationales lançant un programme de six ans en appui aux communautés locales pour la gestion financièrement viable des services WASH dans la RDC rurale. Financé par UK-Aid, le Consortium WASH RDC réunit les compétences de son agence lead Concern Worldwide et d’ACF, ACTED, CRS et Solidarités International pour assister plus de 600 communautés rurales et 640000 personnes dans sept provinces du pays.

Cinq ans plus tard, avec une multitude de données désormais à notre disposition, nous avons voulu répondre à certaines questions clés : dans quelle mesure les communautés rurales appuyées par le Consortium réussissent-elles à gérer les services hydriques d’une manière financièrement autonome? Et qu’est-ce qui fait le succès d’une communauté?

Le Consortium WASH RDC a développé une méthodologie inspirée des « Life-Cycle Costs » de l’IRC, que nous avons appelé «l’Approche Economique». Nous aidons les communautés à développer des compétences managériales, financières et techniques pour que leurs infrastructures WASH restent fonctionnelles longtemps après la construction, en identifiant trois niveaux progressifs de succès (ou « Equilibres ») dans la couverture des coûts liés aux points d’eau au fil du temps :

RDC1
Figure 1. Les trois Equilibres utilisés par le Consortium WASH RDC

Notre objectif est que les communautés réunissent suffisamment de fonds pour couvrir au minimum les coûts de l’Equilibre 1, avec les communautés les plus engagées atteignant l’Equilibre 2 ou 3. Tels fonds sont collectés et gérés par des comités élus par les communautés et formés par le Consortium WASH RDC. Pour créer les conditions pour la réussite et éviter toute logique de « don gratuit », nous clarifions aux communautés dès le début que nous les appuyons avec l’installation du point d’eau seulement si elles démontrent leurs engagement et capacité à prendre en charge les coûts de gestion du point d’eau.

Les trois Equilibres d’Approche Economique ne correspondent pas exactement aux catégories des « Life-Cycle Costs », et certaines modifications ont été apportées en fonction du contexte de la RDC rurale. Le tableau ci-dessous montre une approximative conversion de ces principes en les Equilibres du Consortium WASH RDC :

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Figure 2. L’adaptation des « Life-Cycle Costs » par le Consortium WASH RDC

Et cette Approche Economique, fonctionne-t-elle? Au bout de cinq ans, nos données montrent qu’elle peut fonctionner même dans des contextes difficiles : jusqu’à présent, environ deux tiers des petites communautés rurales appuyées par le Consortium WASH RDC ont réussi à atteindre un certain degré d’autonomie financière et de pérennité. C’est-à-dire, elles ont atteint au moins l’Equilibre 1. Compte tenu des défis auxquels ces communautés (généralement d’autour de 1000 personnes) sont confrontées dans cet environnement, il s’agit d’un résultat provisoire encourageant.

Nous avons identifié des modèles opérationnels qui aident les comités WASH à atteindre ces Equilibres. Les comités qui ont choisi des sources de revenus diversifiées, en associant les contributions des ménages et les activités génératrices de revenus, réussissent nettement mieux que les comités qui ne comptent que sur les contributions des ménages. Les communautés souvent apprécient ce modèle et voient l’investissement dans des activités génératrices de revenus comme un moyen de protection contre le risque de détournement de fonds. Dans l’ensemble, les activités génératrices de revenus semblent bien s’intégrer dans la gestion communautaire des services WASH dans la RDC rurale.

Dans un contexte si fragile, une grande majorité des communautés décident d’identifier des personnes ou des groupes particulièrement vulnérables et de leur offrir l’exemption du paiement des frais communautaires d’eau. Les communautés qui adoptent cette pratique ne parviennent pas moins à atteindre l’autonomie financière que les communautés qui n’offrent pas d’exemptions. Il s’agit d’une constatation importante en particulier dans une prospective de développement sensible aux besoins des plus pauvres, soulignant que l’accès équitable à l’eau n’est pas en contradiction avec la pratique de payer pour l’eau ou avec le but de la pérennité des services.

Egalement, les communautés qui choisissent de rémunérer certains membres du comité d’eau semblent renforcer leur réussite dans l’atteinte des Equilibres d’autonomie financière les plus élevés. Par exemple, certaines communautés paient un petit montant à la personne qui enregistre les usagers ou qui s’occupe de la collecte des frais d’eau. Alors que jusqu’à présent seulement une minorité de communautés a adopté un tel système de rémunération, leur succès dans l’atteinte des Equilibres 2 et 3 suggère qu’une forme de gestion semi-professionnalisée peut devenir plus efficace que le pur bénévolat.

Tout cela montre que les acteurs de développement, même dans des contextes difficiles, peuvent et doivent concevoir des interventions WASH visant des services à long terme qui puissent aller au-delà des résultats immédiats. Egalement, les décideurs peuvent bien adopter le principe de non-gratuité du service hydrique, tout en conciliant la viabilité financière avec des politiques d’inclusion et en faveur des plus pauvres. A travers le Consortium WASH RDC, nous avons appris la leçon que les communautés rurales en RDC sont prêtes à s’engager pour surmonter leurs difficultés et à développer des capacités en gestion durable des services d’eau. Cela ne se produit pas facilement ou par hasard, mais grâce à une programmation soigneusement conçue et mise en œuvre qui valorise les communautés locales.


Photo : Un comité de gestion d’eau à Manono, Tanganyika, RDC, montre les cahiers comptables qu’il utilise pour suivre les coûts et les revenus du point d’eau communautaire. Source: Consortium WASH RDC, 2016.


Le Consortium WASH RDC est un programme de Concern Worldwide avec la participation d’ACF , ACTED , CRS et Solidarités International, financé par UK-Aid. Veuillez trouver plus d’infos en français et en anglais sur consortiumwashrdc.net. Gian Melloni est le directeur du Consortium WASH RDC et vous pouvez le contacter à gian.melloni@concern.net. Maria Livia De Rubeis est la responsable de communication, plaidoyer et apprentissage. Kristina Nilsson est la responsable du suivi et évaluation. Les opinions exprimées par les auteurs pourraient ne pas refléter les opinions de Concern Worldwide ou des autres organisations citées.

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